Comptes MFPM : aller au-delà des chiffres

Le cabinet Secafi, en sa qualité d’expert mandaté par le CSEC, a présenté son rapport sur les comptes de la MFPM (Manufacture Française des Pneumatiques Michelin) 2021. Rappelons que le Groupe est constitué d’une multitude de sociétés, dont la MFPM est l’une des principales.

Nous avons retenu 2 points essentiels.

Le premier point porte sur la structure même de ses comptes.

La MFPM affiche une lourde perte pour l’année 2021 : – 190 M€. Mais à y regarder de plus près, le résultat de la MFPM est essentiellement dégradé par les coûts de restructuration qu’on retrouve en résultat « exceptionnel ». En effet, le résultat net se compose de 3 résultats :
– le résultat d’exploitation, lié à l’activité
– le résultat financier, lié à la partie financière
– le résultat exceptionnel, lié à des opérations exceptionnelles et, par nature, non récurrentes.
Et c’est bien la somme des trois, avec les impôts et crédits d’impôts, qui détermine le résultat net.
Or que constate-t-on quand on regarde les résultats depuis 2018 ? Que le résultat net a toujours été affecté négativement par les résultats exceptionnels liés aux restructurations…

Sans ces charges de restructuration (projets Veygoux en 2018 puis Simply en 2021, fermeture usine de La Roche-sur-Yon en 2019), la MFPM serait donc bénéficiaire – sauf circonstances très exceptionnelles comme la crise Covid en 2020.

Le second point porte sur l’évolution de la masse salariale.

La Direction nous explique que la masse salariale de la MFPM est trop importante et nuit à la compétitivité du Groupe. Elle s’appuie sur les chiffres : en 2020, les frais de personnel interne avaient progressé de 4% par rapport à 2019 et en 2021, ils ont à nouveau progressé, très légèrement cette fois (+0,4%), par rapport à 2020.
Cependant, en analysant les chiffres, on s’aperçoit que l’augmentation de la masse salariale en 2020 était liée à un litige avec l’URSAFF et non pas à une dérive des salaires. En 2021, l’augmentation est liée à la très forte hausse des rémunérations variables (+71% par rapport en 2020), en lien avec les excellents résultats du Groupe 2021. Les rémunérations variables étant par définition aléatoires, il n’y a aucune garantie de retrouver de tels niveaux dans les comptes de 2022. Cet envol des rémunérations variables a limité les marges de manœuvre de la Direction lors des négociations annuelles. Pour corriger cette dérive, la CFE-CGC a proposé une distribution plafonnée, plus ramassée et plus équitable de la rémunération variable qui permettrait aussi de dégager davantage de budgets pour des augmentations générales toute catégorie. Contrairement à ce que laisse entendre la direction, il n’y a donc pas de dérapage de la masse salariale. D’ailleurs, selon le cabinet Secafi, Michelin affiche une des meilleures maîtrises de ses frais généraux parmi les manufacturiers pneumatiques.

Ces 2 points nous rappellent qu’il ne faut pas s’arrêter aux chiffres bruts mais toujours essayer de comprendre leur constitution. Cet effort d’analyse permet d’éviter toute mauvaise interprétation ou toute présentation partielle de la réalité.

Dominique Bourgois, Délégué Syndical.

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