RSE chez Michelin : la grande illusion

Michelin se vante de sa politique RSE mais la réalité est toute autre : délocalisation de services supports clés et destruction d’emplois en France au nom d’une logique financière, blocage de l’évolution professionnelle des collaborateurs, pertes définitives de compétences et d’expertises pour l’entreprise. La CFE-CGC demande à Michelin d’être à la hauteur de ses propres ambitions sur le sujet des RSE, c’est-à dire de communiquer moins et de respecter vraiment ses engagements. Sortons de l’illusion et devenons – vraiment – exemplaires.

La Responsabilité Sociétale des Entreprises, ça vous parle ? Cette RSE, qui peut être définie comme la responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société, a été poussée par la commission européenne et est obligatoire depuis 2023.

Elle encadre notamment les thématiques comme l’environnement, les conditions de travail, et l’impact sur les communautés en local. Michelin se souhaite exemplaire sur ce sujet, et a notamment été reconnu en novembre 2024 par le prix du Directeur Financier Responsable en particulier pour son approche People/Profit/Planet.

Nous serions enchantés par cette reconnaissance, si elle ne cachait pas une tout autre vérité en interne. La vision de vos élus et des salariés est bien différente de l’histoire racontée par l’entreprise en externe. En effet, tous les choix pris dernièrement par le Groupe nous surprennent par rapport à l’exemplarité que nous serions sommes en droit d’attendre de la part d’une entreprise qui se veut modèle sur la RSE.

Ainsi, lors des dernières réunions en instance CSE, nous voyons pratiquement chaque mois des projets de délocalisation de services tertiaires avec comme conséquences des destructions d’emplois en France, et en particulier à Clermont-Ferrand. Nous constatons que les services concernés sont de plus en plus stratégiques, après les services d’Administration des ventes et de facturation client, nous avons assisté à la délocalisation du service Paye et maintenant cela concernerait aussi les services responsables de la Trésorerie du Groupe !

La population des collaborateurs est aujourd’hui la première touchée. Les évolutions des effectifs Collaborateurs depuis 2020 confirment pleinement la politique décomplexée de l’entreprise de réduire leurs effectifs en France :

Or, la destruction des postes Collaborateurs bloque aussi les possibilités d’évolution professionnelle pour les Agents qui devraient pouvoir mériter plus souvent de passer Collaborateurs, et les Collaborateurs d’évoluer dans les lettres concernées. Voir notre article sur ce sujet : L’ascenseur social est-il hors service chez Michelin ?

Est-ce très RSE de bloquer les évolutions professionnelles au sein du Groupe ?

Le Groupe justifie aujourd’hui, au regard des délocalisations de postes tertiaires déjà effectués, qu’il est nécessaire de regrouper les pôles d’expertises en un seul endroit et que les compétences se situent aujourd’hui à Bucarest ou Varsovie, c’est d’un cynisme absolu quand nous savons que les collègues roumains et polonais ont été formés par leurs collègues français qui ont pour beaucoup perdu leur emploi.

Est-ce très RSE de justifier des destructions de postes dans notre bassin d’emploi local pour des questions de regroupement des compétences alors que nous savons que c’est uniquement pour des questions de gains de masse salariale ?

Voir notre article sur les SG&A

Et, cerise sur le gâteau, nous constatons une nouvelle fois que l’on demande aux personnes de former leurs successeurs à l’étranger, responsables indirectement de la destruction de leur emploi, et on demande aux managers des entités concernées de venir présenter eux-mêmes la destruction de leur équipe.

Est-ce très RSE de réaliser des pratiques ne respectant même plus ne serait-ce que la dignité des équipiers et des managers concernés ?

Nous demandons ici où est réellement la Responsabilité Sociétale de notre Entreprise dans les décisions que nous constatons ?

Nous n’attendons pas l’entreprise dans ses prises de position dans la presse, ou de chercher des prix sur les sujets RSE, mais nous l’attendons dans ses actions concrètes, dans ses prises de position stratégiques sur le maintien des activités qui sont à la base de son existence, à savoir la France et en particulier Clermont-Ferrand.

Après les multiples plans sociaux à la suite des fermetures d’usine en France, le groupe Michelin pratique en parallèle et « à bas bruit » une délocalisation des services tertiaires. Le phénomène s’accélère, touche des services de plus en plus clés pour la marche de l’entreprise et les signaux envoyés nous laissent penser que ce n’est que le début d’un long détricotage des services centraux du Groupe.

La CFE-CGC est inquiète des risques que prend l’entreprise au niveau du maintien des exigences de nos activités. Le groupe Michelin a toujours eu pour ambition d’apporter des produits et des services supérieurs aux concurrents de son secteur, qu’en sera-t-il quand tous les services clé seront délocalisés dans des pays où le turn-over interne et externe est supérieur à 10% ?

Le barycentre des « expertises de centre de services » va donc se déplacer à l’est de l’Europe où la situation géostratégique est loin d’être la plus sûre.

Nous savons par contre qu’en cas de soucis et de besoins de rapatrier ces activités en France ce sera impossible car le Groupe aura fait le choix de se séparer de tous les experts qui ont construit sa réputation.

La CFE-CGC attend du groupe Michelin qu’il se mette à la hauteur de ses propres ambitions sur le sujet des RSE, et qu’il nous prouve dans son approche stratégique que nous pouvons lui faire confiance sur le sujet.

Olivier Reix et Bruno Joubrel – Délégués Syndicaux CFE-CGC

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *