Respect, reconnaissance, engagement

Combien de salariés accompagnons-nous au quotidien, qui déplorent le manque de reconnaissance ? Il ne s’agit pas ici de mettre en opposition managers et managés ; nous sommes tous managés par quelqu’un dans l’entreprise ! Nous sommes tous, à tous les niveaux, confrontés un jour ou l’autre à cette frustration de ne pas voir nos efforts récompensés ou notre expérience valorisée.

A ce propos, partageons ici le témoignage caractéristique de l’un de nos collègues :

Salarié Michelin engagé et porteur des valeurs affichées par la Maison, je suis depuis quelques années un peu désorienté face à la politique globale de reconnaissance. Nos dirigeants saluent beaucoup par leurs mots l’agilité, l’innovation et l’engagement des équipiers dans des contextes volatiles qui conduisent à une très bonne solidité financière de Michelin. J’ai le sentiment que nous avons collectivement fait de gros efforts notamment durant les périodes forcées de travail avec nos enfants à la maison. A postériori, je pense même en avoir trop fait dans mon cas.

Depuis mon recrutement, j’ai connu des évolutions régulières en responsabilité, NRI, et charge associée donc aussi en salaire. Or particulièrement en 2021 puis 2022, la Maison a fait des choix de politiques salariales qui m’ont surpris et déçu. En 2021, très décalé de ma médiane, j’ai eu le plaisir d’avoir 0% et pas de recalage de médiane car il me manquait un critère d’éligibilité. En 2022, j’ai reçu une faible augmentation car toujours pas de recalage puisque les critères de recalage ont évolué entre 2021 et 2022 (critères pas toujours transparents). En conséquence, malgré de bonnes à très bonnes évaluations (FFB, retours de collègues, …) il en résulte une hausse de salaire de l’ordre de 3% en 2 ans quand l’inflation va flirter avec les 6 à 7% sur la même période. La nature étant ainsi faite, j’entends depuis octobre dernier, des collègues qui fanfaronnent et annoncent avoir gagné 7 à 12% de salaire « sans avoir rien fait de plus » quand d’autres « s’arrachent » au quotidien en ayant l’impression d’avoir été mis de côté sur la reconnaissance pécuniaire.

Pour mon cas personnel, il en résulte un engagement quotidien dans l’entreprise qui va de pair avec la reconnaissance décalée entre discours et faits : je reste très engagé car c’est ma personnalité mais m’autorise bien plus facilement à déconnecter quand j’estime avoir suffisamment délivré. Je suis également plus sélectif dans les sujets que je prends et peux parfois avoir des sautes d’humeurs.

J’ai pris ma plume pour écrire ces quelques lignes afin d’alerter l’entreprise sur le fort décalage entre l’équité prônée et le sentiment provoqué par ces choix.

Nous n’avons pas changé un seul mot à ce témoignage. Nous vous invitons à vous exprimer si vous le souhaitez. Il ne s’agit pas de s’en réjouir mais de mettre en exergue des cas personnels sans doute partagés par un plus grand nombre et que nous ne pouvons pas accepter. L’entreprise est plus forte avec des salariés fiers et motivés, heureux de venir travailler.

Certes l’argent est important, surtout en ces temps troublés ; mais la transparence est tout aussi importante, avec la responsabilisation prônée par l’employeur et incarnée par la plupart des salariés du Groupe, et le besoin de sens. Une partie des décisions de l’employeur font douter les salariés, celles qui sont contredites par ses actes. La CFE-CGC fait un énorme travail de « rééquilibrage », rôle tenu par SP dans le passé, pour pallier ces insuffisances. Les Personnes ont besoin d’être écoutées et respectées. En attendant elles continuent de porter l’entreprise, avec une grande conscience professionnelle et un esprit de sacrifice, qui, bien qu’érodés, permettent à l’entreprise de réaliser des résultats records dans un contexte difficile.

La section syndicale CFE-CGC.

2 réponses à “Respect, reconnaissance, engagement”

  1. Dez'Abusé dit :

    Bravo pour ce témoignage éloquent. A chacun de mettre son engagement a la hauteur de la reconnaissance donnée par l’entreprise. Je pense qu’il ne reste que cela a faire, ou s’en aller.

  2. Enrico dit :

    Je ma retrouve ô combien dans ce témoignage! Notre Entreprise n’a jamais autant communiqué sur les « Valeurs » , sur le « ICARE »…mais nous sommes dans une ère de comm. Il semble que le respect des faits et des personnes, cela passe désormais derrière une bonne comm. Nos patrons sont tous media-trainés: ils ne se passe donc pas une seule interview de dirigeant, sans que celui-ci ne remercie les employés; s’il ne le faisait pas, ce serait une erreur de comm. C’est très bien, mais quand les actes ne suivent pas ensuite, c’est au final contre-productif car on a l’impression qu’on nous chante une belle chanson: paroles, paroles…

    J’ai entendu hier sur France Inter que le patron du Medef a dit que les entreprises allaient devoir augmenter les salaires dans le contexte actuel d’inflation, car elles n’arrivent plus à recruter. Est ce que nos patrons vont entendre ce message ou vont continuer à faire l’autruche?

    Une dernière remarque, qui n’engage que moi sur SP, puisque vous en parlez: le SP que j’ai connu, cela n’existe plus. Aujourd’hui nous sommes en face d’une fonction RH, comme les autres boîtes. Le métier de Gestionnaire (passionnant à mon sens, et difficile quand il était bien tenu)a disparu. Au delà du rôle, je pense que c’est l’esprit qui a disparu, et je m’en attriste.

    Merci en tout cas pour avoir ouvert ce sujet, je suis curieux de lire les réactions des collègues à votre message.

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