Rachats d’actions : discours et réalité

En 2025, le Groupe a racheté pour 666 M€, un montant record. Et pour la période 2026-2028, il a annoncé 2 milliards d’€ de rachats d’actions, dont 750 M€ dès cette année.   La CFE-CGC revient sur quelques affirmations de la direction concernant ces rachats d’action. 

« Les rachats d’action permettent de financer des activités d’avenir »:

C’est la théorie des milieux financiers, d’ailleurs reprise dans le Focus Manager  : quand une entreprise génère beaucoup de cash et que ce cash excède son besoin d’investissements court terme, alors mieux vaut rendre le surplus de cash à ses actionnaires sous la forme de rachats d’actions. Cet argent rendu aux actionnaires est censé circuler à nouveau et servir alors à financer des industries naissantes, ayant besoin de ressources.  

Une sorte de « ruissellement », cher à notre président Macron.  

Dans la pratique, cette réallocation est invérifiable et quand bien même lorsque c’est le cas, ces capitaux peuvent venir alimenter des bulles qui finissent par éclater : bulles Internet et immobilière hier, bulle de l’Intelligence Artificielle demain. En tout cas, une chose est sûre : ces transferts de capitaux ne bénéficient pas au Groupe Michelin. 

« Les rachats d’action sont nécessaires pour nous protéger d’un rachat hostile »:

La Direction justifie ces massifs rachats d’action pour soutenir aussi le cours de l’action et par extension renforcer la capitalisation boursière du Groupe. L’objectif est de se prémunir de la sorte d’une OPA (Offre Publique d’Achat) hostile : plus le ticket d’entrée est élevé, moins il y a de risques d’être racheté.  

Malheureusement, dans la pratique, les chiffres montrent une autre réalité.  

En effet, sur les 5 dernières années, à chaque fois que le Groupe a procédé à des rachats d’actions (2022, 2024, 2025), sa capitalisation boursière en fin d’année a été inférieure à ce qu’elle était l’année précédente : 

Ainsi, à fin 2025, la capitalisation boursière du Groupe (19,47 milliards €) était inférieure à ce qu’elle était à fin 2024 (22,44 milliards €), malgré 666 M€ de rachats d’actions en 2025. Même constat à fin 2024 par rapport à fin 2023 et fin 2022 par rapport à fin 2021.  
 
A contrario, en 2021 et 2023, années sans rachat d’actions, la capitalisation boursière du Groupe était nettement supérieure aux années où il y a eu des rachats d’actions.  
 
Les rachats d’action ne dopent donc pas nécessairement durablement les cours. Une étude (cf La lettre Vernimmen janvier 2026) vient confirmer ce constat : sur les 5 Groupes du CAC 40 les plus actifs en matière de rachats d’actions (Arcelor Mittal, Total Energies, Carrefour, Cap Gemini et Sanofi), 4 ont eu une évolution de leur titre inférieure à la moyenne des Groupes du CAC 40 sur la durée observée.   
 
Il n’y a donc pas de corrélation établie: rachats d’actions = augmentation durable du cours. Trop de paramètres influent sur l’évolution du cours d’une action.  

Les rachats d’action, c’est comme l’eau sur le sable: ça mouille sur le moment, avant d’être absorbé rapidement. Ce ne sont pas des actifs, corporels ou incorporels, tangibles, durables. 

« Les rachats d’action financent les plans Bib Action »:

Oui, c’est exact. Mais sur 666 M€ de rachats en 2025, combien concernent ceux pour le Bib Action ? Et sur les 2 000 M€ prévus sur la période 2026-2028, quelle sera la part dévolue aux plans BibAction ? 10% ? 20% ? Plus ? Aucune communication sur le sujet par le Groupe mais d’après nos estimations, ça reste une part très minoritaire. 

« Combien coûtent les rachats d’actions ? »

Le Groupe ne communique pas sur le sujet, alors que c’est loin d’être un simple détail. En effet, les rachats d’actions à finalité de destruction des actions, c’est à dire la grande majorité des rachats d’actions, sont actuellement taxés à 8%. Un amendement avait été déposé dans la loi de finances 2026 pour porter cette taxation à 33%. Sur la base actuelle de 8%, la taxation des 2 milliards de rachats d’actions sur la période 2026-2028 devrait donc coûter au Groupe au moins 100 Millions d’€ au Groupe. On peut en faire des choses avec 100 Millions €…   

Est-ce que les sommes consacrées aux rachats d’action, ou au moins une partie de ces sommes, pourraient être mieux utilisées ailleurs ?

Pour la CFE-CGC, la réponse est affirmative.

* Pour accentuer l’effort de recherche afin de soutenir la stratégie « valeur » : 
https://www.cfecgcmichelin.org/2026/02/19/distribuer-aux-actionnaires-cest-necessaire-investir-dans-la-recherche-aussi/

 
* Pour investir puisque les investissements, pour la première fois depuis 4 ans, sont descendus en-dessous des 2 milliards, alors que les besoins sont là: électrification des presses, traçabilité logistique de ses produits (RFID), investissements dans des systèmes d’infos pas toujours performants et pas toujours économes…  
 
* Enfin, au lieu d’arroser ses actionnaires, le Groupe pourrait également investir directement dans des secteurs en croissance comme la Défense, comme elle a pu le faire à certains moments de son histoire.  
 
En conclusion, la CFE-CGC plaide pour moins de rachats d’actions et plus de recherche et d’investissements.  
 
Autres liens sur les rachats d’actions :  
 
L’ÉCO & YOU – Pourquoi c’est une bonne idée d’encadrer les rachats d’actions des entreprises ? 

LENGLET-CO – L’idée de taxe qui monte : celle sur le rachat de leurs propres actions par les grandes entreprises 

2 réponses à “Rachats d’actions : discours et réalité”

  1. PARO dit :

    Bravo, excellent « décorticage » de cette pratique, qui met en évidence que rien ne vaut une entreprise en bonne santé et des salariés motivés pour soutenir le cours de l’action. Pour cela utilisons ce cash pour moderniser nos sites industriels Français afin de les garder compétitifs, investissons dans la recherche pour nous démarquer de la concurrences et reconnaissons l’effort des salariés du Groupe.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *