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Renégociation de nos accords de retraite : les enjeux

lundi 21 juin 2010, par Remy Jomat


Depuis 1993, les évolutions législatives visant à équilibrer les régimes obligatoires de retraite ont conduit à une minoration progressive du niveau des pensions, préoccupant tous les salariés, démotivant les plus jeunes et poussant les seniors à prolonger leur activité pour s’assurer une retraite décente.
De ce fait, pour maintenir à moindre coût l’attractivité de sa politique sociale et une capacité d’incitation au départ des effectifs seniors, Michelin a utilisé les avantages fiscaux disponibles pour créer ses outils de retraite supplémentaire ; mais les évolutions législatives récentes, comme celles à venir remettent en cause l’attractivité de ces outils.
L’entreprise soucieuse de maintenir l’attractivité et l’efficacité de ses propres outils retraite nous a donc conviés à réfléchir à leur adaptation à ce nouveau contexte législatif.

Les outils Michelin

Retraite agents à cotisation définie

Depuis 2006, Michelin verse sur un fond Malakoff-Médéric une « cotisation définie » de 1,1% du salaire brut des agents embauchés après 1987 (gérées de façon collective sur un profil sécuritaire : 15% en actions et 85% en obligations). C’est une cotisation fixe pour l’entreprise, mais un rendement aléatoire pour le retraité, car il dépend des performances du fond où elle est placée.

Retraite supplémentaire Michelin

Michelin s’engage à compléter toute retraite dont le montant est inférieur à 55% du dernier salaire moyen annuel. C’est une prestation définie (garantie) pour le salarié, et une dépense aléatoire pour l’entreprise.

Le PERCO

Négocié en 2007 avec les syndicats, il est destiné à assurer une rente ou un capital retraite aux jeunes générations. Le salarié y verse tout ou partie de ses revenus collectifs dans la limite d’un plafond (Intéressement, CET, …) et l’entreprise abonde dans la limite d’un plafond négocié annuellement. Abondement et rendement sont aléatoires et les sommes sont bloquées jusqu’à la retraite. _ Conséquence : cet outil est surtout utilisé par les salariés proches de la retraite.

La retraite chapeau des dirigeants

Depuis 2010, l’entreprise a mis en place une retraite supplémentaire dite « chapeau » pour une cinquantaine de hauts dirigeants.

Indemnité de fin de carrière (IFC)

Michelin considère l’IFC comme un outil retraite, dans la mesure où elle peut constituer une incitation décisive au départ anticipé de certains seniors qui l’utilisent comme une rente en capital.

Évolutions législatives

En 1993, passage d’un calcul du salaire de référence de la retraite de base des 5 aux 25 meilleures années
Les salaires de début de carrière pris en compte dans le calcul ont minoré les pensions de plus de 10% depuis 1993.

Baisse du rendement des points de complémentaires
En 1971, 10 points achetés rapportaient 1,27 de pension, en 2009 0,83 seulement !

En 2009, doublement de la surcote de la retraite de base
Depuis avril 2009 continuer à travailler quand on a droit à la retraite rapporte plus gros (1,25%/trimestre soit 25% en 5 ans). Cette option peut représenter plusieurs centaines d’euros/mois à vie pour le retraité : 9% des salariés ont reculé leur départ en 2009.

En 2010, mise à la retraite d’office repoussée de 60 à 70 ans
L’entreprise est contrainte de garder à l’effectif, pendant 10 ans de plus qu’en 2009, des salariés souvent fatigués ou démotivés mais au sommet de leur courbe de rémunération (sauf si après 65 ans ceux-ci ne s’y opposent pas).

En 2010, une IFC chargée et imposée pour les départs avant 65 ans
L’IFC n’est plus défiscalisée qu’à hauteur de 3050 € pour le salarié qui part avant 65 ans et reste exonérée des charges après cet âge, ce qui incite les seniors à reculer leur départ.

En 2009, fiscalisation des retraites chapeau
Non seulement elles sont soumises à cotisation sociales pour l’entreprise, mais suite aux exagérations de certains dirigeants le parlement en a doublé la fiscalisation fin 2009, ce qui diminue d’autant le rendement des sommes investies pour l’entreprise.