vendredi 10 avril 2009, par Chris Boyer
La crise est là, évidente et historique. Chaque jour, les médias annoncent la fermeture d’entreprises et le chômage explose. L’entreprise relaie des informations de son impact sur nos ventes et ces chiffres sont en concordance avec les remontées du terrain.
Du chômage partiel en vue – des sites menacés
Jusqu’au mois de mars, les centraux sur Clermont-Ferrand ont été épargnés alors que de nombreux sites industriels et les ateliers de Clermont-Ferrand font du chômage partiel depuis le début de l’année. Le 20 mars, la cinquième semaine de congé des centraux a été imposée sur les vacances scolaires d’avril pour pouvoir mettre cette population en chômage partiel peu après afin d’économiser sur la masse salariale dans les prochains mois.
Il nous paraît évident qu’avec la chute des ventes, l’entreprise ne peut continuer à assumer les mêmes charges fixes sans risquer dans un avenir proche des difficultés financières telles qu’un plan de licenciement important soit mis en œuvre sur cette population. En se préparant à utiliser le chômage partiel, l’entreprise utilise une marge de manoeuvre qui pourrait peut-être permettre d’éviter le pire en répartissant l’effort non pas uniquement sur des victimes de licenciements, mais sur tous par des pertes de salaires minorées par le fond d’indemnisation (les jours chômés sont payés à 60% et devraient l’être prochainement à 75%). Cette solution pourrait peut-être permettre de tenir jusqu’à la reprise de l’économie, ou jusqu’à l’arrêt de certains de nos concurrents plus touchés que nous.
Rien n’est garanti, surtout pas l’absence d’une restructuration de sites industriels qui a été annoncée mais pas précisée… Jouer cette carte nous paraît plus responsable, plus pertinent que de jouer la carte de la certitude du pire et d’en accentuer l’impact sur l’emploi. Car de toute évidence le problème de demain sera beaucoup moins l’enjeu du pouvoir d’achat que du chômage. Aussi avons-nous voté pour cette mesure, qui est de notre point de vue une mesure de solidarité entre salariés Michelin. Bien sûr cela amènera des difficultés pour certains et des désagréments pour tous, mais vu la hauteur de l’enjeu, ce choix nous a paru inévitable
Quels signes peut faire l’entreprise à son personnel ?
Nous demandons bien davantage de la direction de l’entreprise dont bien des décisions ne sont pas propres à nous donner confiance.
- En tout premier lieu, nous attendons que soient fortement revus à la baisse les dividendes annoncés, qui représenteraient 40,7% du bénéfice 2008 alors que l’année précédente, euphorique, ils en représentaient 30%. L’effort doit porter sur tous y compris sur les actionnaires. Reporter ce versement en septembre et sous conditions de résultats, comme les augmentations des collaborateurs et cadres, nous semble un signe fort que l’entreprise doit donner à ses salariés.
- Nous demandons également que la part variable du salaire des cadres et assimilés – faussement appelée prime car elle fait partie du contrat de travail - si elle n’est pas versée cette année à cause de la crise, soit reconnue comme une dette de l’entreprise à ses salariés et soit versée quand les comptes le permettront, sous une forme à négocier avec les organisations syndicales de jours sur le CET, actions gratuites… Cette part salariale n’est pas à la disposition de l’entreprise, c’est le dû du travail de 2008. Pour ne pas s’acquitter de cette dette, l’entreprise devra faire signer un avenant de renonciation volontaire aux salariés. Quelle crédibilité garderont non seulement les objectifs 2009 après un tel acte, mais également les managers et le service du personnel qui auront à porter cette décision et motiver le personnel ?
- Comme nous l’avons maintes fois dit en CE, nous demandons enfin que les pertes salariales des plus bas salaires qui font parfois jusqu’à 50% de chômage partiel soient compensées.
Il est clair qu’il nous faut tous nous mobiliser pour que Michelin traverse la crise mais il faut que l’entreprise donne des signaux forts montrant qu’elle comprend la situation sociale et qu’elle répartit les efforts sur tous.